04, elles perquisitionnèrent le domicile de Victor.
Il n’y était plus.
Samuel reçut alors une alerte provenant de la propriété Beaumont.
Quelqu’un venait d’y entrer avec un ancien badge de direction.
Victor.
Adrien comprit ce qu’il cherchait.
La cache dans le bureau de Claire.
Les policiers préparèrent l’interpellation.
Victor fut arrêté à 4 h 26 alors qu’il sortait de l’aile privée avec un sac contenant les enveloppes laissées volontairement dans la cavité.
Il demanda immédiatement à parler à Adrien.
Adrien refusa d’abord.
Puis il accepta une conversation enregistrée en présence de son avocat et des enquêteurs.
Victor était assis derrière une table lorsqu’Adrien entra.
Pendant quelques secondes, les deux hommes se regardèrent.
Dix-sept ans d’amitié se trouvaient entre eux.
« Tu ne comprends pas », commença Victor.
« Tout ce que j’ai fait, c’était pour sauver l’entreprise.
Claire allait tout détruire. »
Adrien posa le médaillon sur la table.
« Tu as essayé de tuer ma femme. »
« Je n’ai jamais voulu que les choses aillent aussi loin. »
« Tu as fait enterrer un inconnu sous son nom. »
Victor baissa la voix.
« Tu étais faible, Adrien.
Après sa disparition, tu ne contrôlais plus rien.
Quelqu’un devait prendre les décisions. »
Adrien le regarda longuement.
« C’est ça que tu n’as jamais compris.
Mon chagrin ne t’a pas rendu plus fort.
Il t’a seulement rendu visible. »
Il se leva et quitta la pièce.
Les mois qui suivirent ne furent pas simples.
L’arrestation de Victor déclencha une enquête internationale.
Plusieurs complices furent inculpés.
Le docteur Keller perdit son droit d’exercer et fit l’objet de poursuites pénales.
Les actifs détournés furent progressivement retrouvés.
L’identité de l’homme enterré sous le nom de Claire fut également établie, et sa famille put enfin lui offrir une sépulture portant son véritable nom.
Pour Adrien, ce fut essentiel.
La tombe de Claire ne pouvait pas simplement être vidée comme si personne n’y avait reposé.
Une autre famille avait pleuré sans savoir où se trouvait son fils.
Quant à Claire et Adrien, ils ne prétendirent pas que deux années de peur, de mensonges et de silence pouvaient disparaître en une seule étreinte.
Claire loua d’abord un appartement séparé à Genève.
Ils commencèrent à se voir deux fois par semaine.
Ils parlèrent avec un thérapeute.
Adrien lui raconta les funérailles.
Claire lui raconta chaque fois où elle avait failli l’appeler.
Il lui expliqua la colère qu’il ressentait d’avoir été exclu de sa propre vie.
Elle lui expliqua ce que signifiait vivre en sachant que des hommes avaient déjà tenté de la tuer une fois.
Parfois, leurs conversations se terminaient dans le silence.
Parfois, dans les larmes.
Mais elles ne se terminaient plus dans le mensonge.
Six mois après leurs retrouvailles, Adrien retourna au cimetière.
Cette fois, Claire l’accompagnait.
Il avait onze roses blanches dans les mains.
Ils s’arrêtèrent devant la nouvelle pierre portant le nom de l’homme qui avait été enterré là à sa place.
Adrien déposa les fleurs.
Claire resta silencieuse un long moment.
Puis elle posa le médaillon d’argent au pied de la pierre.
Adrien la regarda, surpris.
« Tu ne veux pas le garder ? »
Claire secoua doucement la tête.
« Pendant deux ans, il a représenté la vie que j’avais perdue.
Je ne veux plus vivre en essayant de revenir