À quatre mois de grossesse, Inès Moreau croyait connaître les faiblesses de l’homme qu’elle allait épouser.
Mathis pouvait être impulsif avec l’argent.
Il rêvait trop grand.
Il promettait toujours que sa start-up serait rentable au trimestre suivant.
Il empruntait avec une facilité qui inquiétait parfois Inès, mais il avait aussi ce talent pour transformer chaque problème en simple étape avant une réussite extraordinaire.
Pendant deux ans, elle avait voulu le croire.
Elle avait trente-deux ans et dirigeait à Lyon une agence de stratégie numérique employant dix-huit personnes.
Son entreprise n’était pas devenue prospère par hasard.
Inès avait passé des années à accepter des missions ingrates, à travailler tard, à recruter prudemment et à conserver plusieurs mois de trésorerie pour ne jamais dépendre d’un investisseur ou d’un conjoint.
Cette indépendance était sa fierté.
Elle ne voyait pas encore qu’elle était également devenue l’une des raisons pour lesquelles Mathis s’était attaché à elle.
Leur mariage devait avoir lieu six semaines plus tard dans un domaine près d’Annecy.
Inès avait déjà payé la majorité des dépenses : la location du château, le photographe, le groupe, les transports des invités et plusieurs acomptes.
Le total approchait soixante-quatorze mille euros.
Ce montant lui faisait déjà honte.
Elle avait accepté les suppléments parce que Mathis répétait qu’ils n’auraient qu’un seul mariage.
Sa mère, Valérie, prétendait de son côté que la cérémonie devait impressionner leurs relations professionnelles.
Le dimanche où tout bascula, Inès se rendit chez Valérie pour une dernière réunion budgétaire.
Elle y arriva fatiguée.
Depuis le début de sa grossesse, les longues journées lui coûtaient davantage.
Elle voulait terminer rapidement et rentrer dormir.
Valérie avait recouvert la table basse de devis.
« Le fleuriste a trouvé des pivoines blanches hors saison », annonça-t-elle.
« Il faut ajouter quatorze mille six cents euros. »
Inès crut d’abord à une plaisanterie.
« Quatorze mille euros pour des fleurs ? »
« Elles arrivent spécialement des Pays-Bas. »
« Alors elles peuvent y rester. »
Mathis, assis dans un fauteuil, leva enfin les yeux de son téléphone.
Valérie pinça les lèvres.
« Ce mariage doit avoir une certaine tenue. »
« Il aura une certaine tenue avec les fleurs déjà commandées. »
Valérie poussa une autre facture vers elle.
« Le traiteur demande aussi un supplément pour remplacer le plat principal par du bœuf japonais. »
Inès repoussa la feuille.
« Non. »
Mathis soupira.
« Tu recommences. »
« Je ne recommence rien.
J’arrête simplement de financer toutes vos idées. »
« Nos idées ? C’est ton mariage aussi. »
« Justement.
Et je veux pouvoir prendre un congé après la naissance de notre enfant sans vider la trésorerie de mon entreprise pour impressionner cent vingt personnes. »
Le mot trésorerie produisit un changement presque imperceptible sur le visage de Valérie.
Inès le remarqua sans comprendre pourquoi.
« Tu as combien de disponible actuellement ? demanda-t-elle.
— Cela ne te regarde pas. »
Mathis posa son téléphone.
« Inès, ne sois pas agressive. »
« Je ne suis pas agressive.
Je dis non. »
Il se leva.
« Tu peux te permettre cette dépense. »
« Ce n’est pas la question. »
« Alors quelle est la question ? »
Inès le regarda.
« La question est de savoir pourquoi je suis la seule à payer.
Ta